Interview de Jean-Patrick Scheepers, fondateur de Peas & Love

Jean-Patrick Scheepers, fondateur de Peas & Love, pouvez-vous nous décrire votre parcours et votre projet ?

Diplômé de l’Université Catholique de Louvain en Belgique en tant qu’ingénieur commercial, je suis un serial entrepreneur, passionné par l’alimentation, de la ferme à l’assiette. Je suis de nationalité Néerlandaise, vivant à Bruxelles, travaillant en Europe et marié à une charmante Turque !

Après une première carrière dans la communication événementielle d’entreprise suivie d’une aventure gourmande de dix ans de création de la plus grande école de cuisine de Belgique (Mmmmh!, 50 000 personnes par an), au carrefour de mes passions, je fonde Urban Farm Company en 2013, avec la vision d’accompagner les entreprises et les pouvoirs publics dans leurs projets d’agriculture urbaine et de circuits courts .

En 2015, j’ai développé le concept innovant et disrupteur de « Peas & Love », la nouvelle génération de fermes urbaines créant des liens sociaux tout en étant une source de produits locaux et de qualité pour ses clients.

J’ai alors levé plus de quatre millions d’euros de fonds propres et de prêts bancaires et j’ai ainsi créé le premier réseau de dix fermes urbaines à Bruxelles et Paris d’ici fin 2020. Selon les experts et acteurs de l’agriculture urbaine, Peas & Love est considéré comme l’un des modèles économiques qui réussira en Europe. Fort d’un back-office et d’une technologie solides, tous deux développés en interne, Peas & Love prépare maintenant son déploiement européen pour la période 2021-2026.

Ma passion est dans la nourriture, comment semer, comment grandir, comment cuisiner et comment manger… Ma créativité et l’innovation mon mantra. L’économie circulaire et l’agriculture urbaine sont mes terrains de jeu.

J’interviens également régulièrement comme conférencier et expert lors de conférences publiques et tables rondes sur l’entrepreneuriat, l’alimentation durable et l’agriculture urbaine.

Selon vous, quels sont les enjeux de la végétalisation de nos villes dans les années à venir ?

Les enjeux de la végétalisation de nos villes sont nombreux et primordiaux.

Par le passé, nous avons privilégié le déplacement dans nos vies actives. Vivre à la campagne, mais travailler en ville. Vivre en centre-ville, mais aller faire ses courses hebdomadaires dans les grandes surfaces et parcs commerciaux de périphérie. Se déplacer partout et tout le temps… pour finir bloqués dans des embouteillages de plus en plus nombreux.

Nous avons tous vu les limites de cette vision et de ce type d’organisation. L’heure est au (re-)développement de la vie de quartier, des commerces de proximité, des quartiers et immeubles à fonctionnalité mixte.

Tout naturellement, la nature a sa place dans cette vision et c’est là le point de départ selon moi de la végétalisation de nos villes. Ramener la nature en ville ou dans le cas d’agrandissement de la ville, la préserver. Nous devons moins circuler pour rien… cela n’a aucun sens. Mais alors, si nous restons dans un périmètre plus réduit, il nous faut de la nature !

Alors, végétaliser les villes, et dans notre cas, végétaliser les villes en incluant la fonction nourricière, à quoi cela sert-il ? Il y a une multitude d’angles pour aborder cette question.

Je commencerai par l’aspect santé, qui me semble être le point fondamental de départ de cette réflexion. Se reconnecter à la nature, à ses saisons et à ses bienfaits. L’être humain n’est pas programmé pour vivre loin de la nature, il en perd ses repères et ne peut « fonctionner » normalement.

Reconnexion à la nature au sens large donc, mais aussi reconnexion à sa fonction nourricière, au lien entre nature, production de l’alimentation et santé. Vivre près d’un espace végétalisé permet de réduire de nombreuses maladies : -23% d’asthme, -31% de troubles d’anxiété, -25% de dépressions ! C’est le point de départ de la végétalisation de nos villes et de l’agriculture urbaine selon moi.

Ensuite, bien évidemment, tous les bénéfices écosystémiques qu’apporte l’agriculture urbaine dans nos villes. Absorption de carbone, régulation des eaux de pluie, augmentation de la biodiversité, diminution de l’effet d’îlot de chaleur, tels sont les bienfaits reconnus de l’installation de fermes urbaines en ville.

A titre d’exemple, ce dernier phénomène d’îlots de chaleur urbains, bien connu de nos urbanistes et suivi depuis plusieurs années par les universitaires prône en effet pour un retour massif du végétal en ville.

Ainsi Paris pourrait connaître des épisodes de canicule de plus en plus fréquents, avec une hausse possible de 4 degrés d’ici à la fin du siècle. Ces canicules rendent la ville difficile à vivre, avec des épisodes de plus en plus longs, avec une chaleur qui baisse à peine en zone urbaine durant la nuit. Les causes en sont simples : une bétonisation de plus en plus intense de la ville, amplifiée par une activité humaine importante. Ces îlots de chaleur entrainent de nombreuses nuisances pour les urbains, avec des graves répercussions sur leur santé.

Alors que vient faire l’agriculture urbaine dans cette problématique ? Tout simplement, l’effet combiné du phénomène naturel de l’évapotranspiration, qui rejette dans l’air de l’humidité, combiné à l’ombre que peut provoquer la végétalisation ont un effet directement positif et reconnu dans la réduction de ces îlots de chaleur.

Enfin, l’aspect social est primordial dans l’agriculture urbaine.

Les fermes urbaines sont des vecteurs de lien social et créatrices de lieu de rencontre. Partage d’expériences, partage d’émotions, partage de moments sont des mots-clés dans tout projet en agriculture urbaine et souvent une de leurs principales raison d’exister.

Grâce au mouvement des fermes urbaines qui se développe au niveau mondial, notre aspiration à vivre dans des villes plus vertes, plus humaines et plus durables peut être rencontrée par les différents acteurs de la ville.

Quels conseils donneriez-vous à des habitants de grandes villes pour mettre du végétal dans leur quotidien ?

A tout niveau, nous pouvons agir !

Que ce soit à titre personnel, en aménageant son coin de terrasse, son jardin, voire son intérieur en jungle urbaine ! mais aussi en suivant de près et soutenant les initiatives près de chez soi. Consommer local, accorder de l’importance à son alimentation, s’y intéresser sont souvent des premiers pas simples sur la voie d’une réintégration de la nature en ville.

Mais aussi, dans nos vies professionnelles, nous pouvons tous agir. Proposer un potager d’entreprise, soutenir un projet de végétalisation des bureaux, ou si vous travaillez dans le secteur immobilier, créer des projets plus verts et plus humains.

Il y encore beaucoup de chemin à faire, mais le mouvement est lancé et il ne s’arrêtera pas !

Plus d’informations sur www.peasandlove.com